Le chef d'oeuvre de Carlos de Beistegui : le château de Groussay

Présentation


Le château de Groussay est situé à Montfort-l'Amaury (Yvelines). Le parc a été aménagé dans la seconde moitié du 20ème siècle. C'est donc une réalisation récente, tellement exceptionnelle qu'il est parfaitement légitime de la mettre côte à côte des jardins de l'époque qui l'ont inspirée. Voici ce que nous en dit la base de données Mérimée : Le château et le fief sont attestés au 15e siècle, mais l'emplacement actuel n'est bâti qu'à partir de 1825. Le corps central du château est construit alors pour la duchesse de Charost. En 1938, le château est acheté par Charles de Bestegui, millionnaire cosmopolite ayant fait fortune dans l'exploitation des mines d'argent. Lassé par son appartement des Champs-Elysées (construit par Le Corbusier) , Bestegui cherchait un château non protégé où il pouvait donner libre cours à ses goûts historicisants. De 1939 jusqu'à sa mort en 1970, en collaboration avec l'architecte et décorateur Emilio Terry ("père du style Louis XVII") , il fait agrandir et aménager le château dans divers styles. Un théâtre de 250 places est créé dans l'aile est (1). Le parc, redessiné par Bestegui et Terry entre 1950 et 1970, est doté d'une douzaine de fabriques inspirées de modèles du 16e au 18e siècles. On a vu dans cet ensemble l'annonce d'un esprit post-moderne. Charles de Beistegui fit de sa vie une oeuvre d'art. Il avait déjà accompli une exceptionnelle restitution d'état du Palazzo Labia de Venise, ce qui pour lui avait signifié recréation complète d'un environnement, avec les meubles, objets d'art ... adéquats. Il y donna en 1951 un bal costumé, la "soirée du siècle". Une fois la rénovation achevée, il se détourna de ce palais et s'en sépara en 1961, tournant la page en dispersant, sous le marteau de Maurice Rheims, tous les objets d'art réunis. L'acquisition de Groussay remonte à 1939, avec la condition d'un site sans contraintes, ce qui montre que le projet était déjà formé. Pour le réaliser, il croisa un autre personnage exceptionnel, Emilio Terry , cosmopolite et amoureux du passé comme lui. Il s'appuya également sur Alexandre Serebriakoff pour la décoration intérieure. La transformation du parc en jardin anglo-chinois fut pensée essentiellement de 1950 au début des années 60, où une première alerte de santé ralentit les additions. Charles de Beistegui menait en effet son projet en épicurien cherchant l'extravagance du parfait, une fabrique après l'autre, en méditant leur forme et position précise au sein d'une trame d'ensemble. Pour arrêter définitivement les choix, il faisait positionner des silhouettes à grandeur de la fabrique à construire, en présence d'amis élus. La première fabrique réalisée, le temple d'Amour, remonte à 1949. La pyramide, de 1968, est une des dernières. Le projet n'est pas achevé, la mort en 1970 du dernier des grands mécènes éclairés y mit un terme. Une des ailes ajoutées au château abrite un merveilleux petit théâtre de 250 places inspiré de celui de la Margravine de Bayreuth. Les pyramides bicolores qui encadrent la fontaine des écuries témoignent du raffinement du créateur. On pourrait les compter dans les fabriques. Le parc et les fabriques ont été classés monument historique avec le château en 1993. Les meubles et objets d'art ont été dispersés en 1999 dans une vente qui a fait date. L'unité de la création se trouve partiellement altérée, car le cadre intérieur jouait certainement un rôle important dans la perception de l'ensemble. Les nouveaux maîtres du domaine maintiennnent haut la qualité des jardins et les ont ouverts au public, ce qui permet d'apprécier cette composition et de s'interroger, en la rapprochant des parcs d'époque, sur les conditions du sublime.

 

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